Aucune loi française n’impose le BIM à l’ensemble des marchés publics en 2026. Pourtant, régions, bailleurs sociaux et hôpitaux l’exigent déjà sur leurs opérations d’envergure, ce qui en fait une contrainte bien réelle pour les collectivités. Voici ce que recouvre cette exigence et comment l’aborder sans se laisser surprendre.
Le BIM est-il vraiment obligatoire dans les marchés publics ?
La réponse tient en deux temps. Sur le plan strictement juridique, le BIM reste facultatif : le code de la commande publique autorise l’acheteur à l’exiger, il ne l’y contraint jamais de façon générale. Dans la pratique, un nombre croissant de maîtres d’ouvrage publics l’inscrivent dans leur dossier de consultation. Dès qu’une exigence BIM figure dans un appel d’offres, elle devient contraignante pour ce marché précis. Les candidats prouvent alors leur aptitude à travailler avec une maquette numérique ou s’associent à un partenaire compétent. Pour y parvenir, beaucoup s’équipent d’un logiciel bim capable de structurer la maquette et de la faire vivre tout au long du projet.
Le BIM (Building Information Modeling) désigne une méthode de travail organisée autour d’une maquette numérique de l’ouvrage. Cette maquette rassemble des objets (murs, réseaux, équipements) porteurs de données : dimensions, matériaux, performances, références d’inventaire. Elle sert la conception, la coordination technique, les métrés puis l’exploitation du bâtiment. Le BIM relève donc d’un processus collaboratif, jamais d’un simple logiciel de dessin en trois dimensions.
Ce que dit le code de la commande publique
Tout part de la directive européenne 2014/24/UE. Son article 22 ouvre aux États membres la faculté d’exiger des outils de modélisation électronique des données du bâtiment, sans l’imposer. La France a transposé ce texte a minima, via le décret de 2016 puis l’article R2132-10 du code de la commande publique.
L’acheteur peut, si nécessaire, exiger l’utilisation d’outils de modélisation électronique des données du bâtiment ou des outils similaires.
Cette faculté s’accompagne de garde-fous. L’acheteur justifie la nécessité du BIM au regard de l’objet du marché et respecte l’égal accès des candidats. Tant que ces outils ne sont pas communément disponibles, il met à disposition un accès gratuit, par exemple une plateforme ou un viewer, pour ne pas écarter les PME. La réforme des CCAG Travaux et Maîtrise d’œuvre de 2021 a franchi une étape : le cahier des charges BIM et la convention BIM deviennent des pièces contractuelles dès que le maître d’ouvrage les annexe au marché.
Une obligation de fait qui gagne du terrain
Le droit dit une chose, le terrain en raconte une autre. Les grandes régions comme l’Île-de-France, l’Auvergne-Rhône-Alpes ou la région PACA imposent désormais le BIM sur leurs projets structurants. Les bailleurs sociaux majeurs et de nombreux CHU suivent la même trajectoire. Pour un opérateur qui vise ces marchés, la maîtrise du BIM cesse d’être un atout et devient un ticket d’entrée.
Un mouvement de réforme accentue cette tendance. Un groupe d’experts juridiques a proposé d’inscrire un recours obligatoire au BIM pour certains contrats publics, calibré selon la nature et le montant des opérations, avec des dérogations justifiées sur le modèle de l’allotissement. Ces travaux évoquent une entrée en vigueur possible à partir de 2026, mais aucun décret n’a encore été pris. Une collectivité avisée traite donc le BIM comme une échéance qui se rapproche plutôt que comme une hypothèse lointaine.
Préparer sa collectivité sans se précipiter

Anticiper coûte moins cher que rattraper. La préparation se joue sur deux fronts : les documents qui cadrent chaque marché et les compétences internes qui donnent du sens à la démarche.
Poser les bons documents
Une collectivité gagne à formaliser sa stratégie BIM dès la programmation, avant même de lancer une consultation. Le volet numérique vient alors compléter les pièces techniques habituelles d’un marché public, que le cahier des charges BIM prolonge sans les remplacer. Trois documents structurent l’ensemble :
- La charte BIM interne, qui fixe les objectifs communs à tous les projets (qualité, coûts, performance énergétique, exploitation) et impose des formats ouverts comme l’IFC.
- Le cahier des charges BIM, propre à chaque opération, qui précise le périmètre de la maquette, les niveaux de détail attendus par phase, les règles de nommage et les modes d’échange.
- La convention BIM, qui organise les rôles, désigne le BIM manager et règle la validation des livrables ainsi que les conflits entre modèles.
Structurer compétences et outils
Votre collectivite est-elle prete pour un marche BIM ?
Cochez ce qui est deja en place. Le compteur se met a jour tout seul.
Les documents ne suffisent pas sans équipe pour les porter. La collectivité nomme un référent BIM côté maître d’ouvrage, capable de dialoguer avec la maîtrise d’œuvre et d’évaluer les maquettes reçues. Elle forme ses services techniques et patrimoniaux à la lecture des modèles. Elle relie enfin le BIM à ses outils existants, systèmes d’information géographique ou logiciels de gestion de maintenance, pour éviter que la maquette ne reste enfermée dans la seule phase chantier.
Du chantier à la gestion du patrimoine
La vraie valeur du BIM se révèle après la livraison. En phase d’exploitation, la maquette se mue en jumeau numérique du bâtiment : elle associe aux objets des données de maintenance, de consommation et de coûts. Chaque dimension du BIM prolonge ainsi son usage bien au-delà de la conception.
| Dimension | Usage principal |
|---|---|
| 3D | Géométrie et coordination technique |
| 4D | Planification et phasage du chantier |
| 5D | Estimation et suivi des coûts |
| 6D | Performance et exigences environnementales |
| 7D | Exploitation, maintenance et gestion du patrimoine |
Cette continuité prend tout son sens pour une collectivité qui exploite son parc au quotidien. Les services techniques s’appuient déjà sur des logiciels dédiés pour piloter interventions, stocks et véhicules. L’éditeur AS-TECH Solutions illustre cette logique : spécialisé depuis 1989 dans la gestion du patrimoine et des services techniques des structures publiques, il équipe plus de 500 collectivités avec sa suite Symphonie et ses gammes web et mobiles. Connecter les données d’une maquette BIM à ce type d’outil transforme un modèle de conception en mémoire technique durable du parc.
Reste une condition pour sécuriser cet usage dans le temps : reconnaître la maquette comme document contractuel opposable, au même titre que les plans traditionnels. Sans cette reconnaissance, les données produites à grands frais risquent de vieillir sans jamais servir la gestion réelle du bâti.







