Un médecin à plein temps gagne en Suisse un salaire brut moyen de 120 000 CHF par an, primes et treizième mois inclus. Cette moyenne masque des écarts vertigineux : le revenu médian d’un spécialiste installé atteint 257 000 CHF, et dépasse 600 000 CHF dans les disciplines les plus lucratives. Tout dépend du statut (salarié ou indépendant), de la spécialité et du canton. Voici les chiffres concrets, du jeune assistant hospitalier au chirurgien installé.
Combien gagne un médecin en Suisse en moyenne ?
Le chiffre de référence vient de Jobs.ch : 120 000 CHF de salaire brut annuel pour un médecin à plein temps, sur la base de plusieurs centaines de relevés. La fourchette observée s’étire de 100 000 à plus de 360 000 CHF selon l’expérience, la taille de l’établissement et la région.
Cette moyenne reste trompeuse. Elle mélange des médecins en début de carrière et des spécialistes chevronnés. L’étude de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) publiée en 2018, qui couvre la période 2009-2014 avec un taux de couverture de 90 %, donne une image plus fine : le revenu médian d’un spécialiste indépendant grimpe à 257 000 CHF par an. Le revenu médian indique que la moitié des médecins gagne moins, l’autre moitié davantage.
Trois variables expliquent l’essentiel des écarts :
- Le statut : un médecin salarié à l’hôpital ne perçoit pas la même chose qu’un praticien installé en cabinet.
- La spécialité : un neurochirurgien dépasse de loin un psychiatre.
- Le canton : la rémunération hospitalière suit des grilles qui varient d’un établissement à l’autre.
Salaire d’un médecin assistant et d’un chef de clinique à l’hôpital
Le médecin assistant débute sa carrière en formation postgraduée, en route vers son titre de spécialiste. Sa rémunération suit une échelle précise négociée par le syndicat vsao, classée dans l’échelle 21, avec une hausse de 3 % par an sur les six premières années. Les montants ci-dessous correspondent au brut mensuel selon le barème bernois :
- 1ère année : 7 248,60 CHF
- 2ème année : 7 465,30 CHF
- 3ème année : 7 682,00 CHF
- 4ème année : 7 898,70 CHF
- 5ème année : 8 115,40 CHF
- 6ème année : 8 332,15 CHF
Le chef de clinique franchit un palier. Classé en échelle 24 ou 25, il démarre à 9 584,25 CHF par mois. À ce salaire de base s’ajoutent des indemnités : 30 CHF pour une garde de 8 à 12 heures, au minimum 8 CHF de l’heure pour le travail de nuit et pour les week-ends. Un médecin hospitalier qui multiplie les gardes gonfle donc sensiblement sa fiche de paie.
Combien gagne un médecin installé selon sa spécialité ?

C’est chez les indépendants que l’éventail se déploie le plus largement. L’étude de l’OFSP révèle des revenus médians qui vont du simple au quadruple selon la discipline.
| Spécialité (indépendant) | Revenu médian annuel | Revenu moyen annuel |
|---|---|---|
| Neurochirurgie | 697 000 CHF | 818 000 CHF |
| Gastro-entérologie | 627 000 CHF | 684 000 CHF |
| Oncologie | (élevé) | 600 000 CHF |
| Médecine de premier recours | 237 000 CHF | 264 000 CHF |
| Psychiatrie et psychothérapie | 195 000 CHF | 219 000 CHF |
| Pédopsychiatrie | 183 000 CHF | 187 000 CHF |
Les neurochirurgiens et les gastro-entérologues caracolent en tête. À l’opposé, la pédopsychiatrie et la psychiatrie ferment la marche, sous la barre des 200 000 CHF médians. Chez les médecins salariés, les revenus médians les plus hauts dépassent 300 000 CHF en chirurgie de la main, en radiologie, en gastro-entérologie et en chirurgie cardiaque. Dans ces spécialités, 10 % des praticiens gagnent plus de 500 000 CHF par an.
Un point mérite l’attention du futur installé : l’OFSP estime ces revenus plutôt sous-évalués, car ni les rachats de caisse de pension ni les dividendes de sociétés ne passent par l’AVS. Le revenu réel d’un cabinet performant dépasse souvent les chiffres officiels.
Salaire en Suisse contre salaire en France : un écart réel ?
L’attrait helvétique tient surtout à la comparaison transfrontalière. Un médecin généraliste libéral en France déclare un revenu net d’activité d’environ 90 000 à 100 000 € par an (données DREES et CARMF 2023-2024). Son homologue suisse de premier recours tourne autour de 260 000 CHF. L’écart frôle un rapport de 1 à 3 sur le revenu professionnel avant impôt.
Ce différentiel ne touche pas que les médecins : on retrouve le même grand écart de rémunération entre la Suisse et la France sur d’autres professions qualifiées, comme le montre l’écart de rémunération entre la Suisse et la France chez les experts-comptables. Ce différentiel explique les témoignages spectaculaires de généralistes expatriés évoquant 15 000 € net par mois après impôt. Le saut de rémunération est bien réel, mais il faut le manier avec prudence : ces montants bruts ne disent rien du pouvoir d’achat final.
Un autre écart traverse la profession, à l’intérieur même de la Suisse. L’étude de l’OFSP documente une différence de 29 % entre les revenus des hommes et ceux des femmes, à expérience, spécialité et secteur égaux. L’écart résiste à toutes les corrections statistiques et reste largement inexpliqué.
Les revenus des médecins indépendants, standardisés pour des postes à plein temps, sont environ 30 % supérieurs aux chiffres publiés jusqu’ici.
Du brut au net : ce que la fiscalité et le coût de la vie changent
Un salaire suisse impressionne sur le papier. Sa traduction en pouvoir d’achat réclame deux corrections lourdes. La première tient à la fiscalité, organisée sur trois niveaux : impôt fédéral, impôt cantonal et impôt communal. Pour un revenu de médecin de premier recours autour de 260 000 CHF, la charge fiscale globale oscille entre 20 et 35 % selon le canton et la situation familiale. Un praticien installé à Zoug ou à Schwytz conserve nettement plus qu’un confrère genevois ou vaudois, où la pression dépasse 30 %.
La seconde correction tient au coût de la vie. Un revenu de 120 000 CHF, considéré comme une fortune ailleurs, offre à une famille de quatre personnes à Genève un confort de classe moyenne, loin du train de vie luxueux. Loyers, primes d’assurance maladie obligatoire et services pèsent lourd. Le réflexe de passer du brut affiché au net réellement perçu vaut d’ailleurs pour tout candidat à l’expatriation frontalière, du Luxembourg à la Suisse.
Pour qui raisonne en logique patrimoniale, le vrai sujet n’est pas le brut affiché mais le net réellement capitalisable une fois la fiscalité et le coût de la vie déduits. Le choix du canton d’installation devient alors un levier patrimonial à part entière, au même titre que la spécialité ou le statut d’indépendant. Un revenu élevé n’a de sens, sur le long terme, que par ce qu’il permet d’épargner et de transmettre.







